Entretien avec Jacques Perreux, président des Ami.e.s de la Roya, paru dans Patriote Côte d’Azur le 18/07/2018

Le festival des passeurs d’humanité vient de se tenir du 12 au 15 juillet dans la Roya. Quelles ambitions se fixait ce festival?

Nous avions trois ambitions. Faire découvrir cette vallée que nous aimons. La beauté de ses montagnes et cours d’eau, sa faune et sa flore exceptionnelles, ses lumières et ses couleurs, sa paisibilité, mais également faire rencontrer « les merveilles humaines » rebelles et inventives qui défendent les services publics et innovent dans l’agriculture bio, les circuits courts, les activités sportives et de découvertes de la nature, etc… Nous voulions aussi promouvoir un débat paisible et non clivant sur les enjeux de demain. Celui des migrations demande, plus que tout autre, de l’intelligence et de la sérénité. Cette vallée est un passage et nous devons réfléchir au fait que l’Humanité s’est toujours enrichie grâce aux rencontres. Chaque fois que cela a été nié ou combattu, la haine et la guerre sont arrivées. Enfin, nous voulions dire un grand merci à celles et ceux qui, dans la Roya, «inventent et expérimentent le monde de demain » comme l’a dit la philosophe Geneviève Azam. On ne se rend pas toujours compte du nombre impressionnant de personnes qui aident leur prochain le plus souvent dans l’ombre et l’anonymat. Elles et ils s’appellent, bien sûr, Martine, Cédric, Pierre-Alain, Raphaël, mais aussi Pierre, Paul, Nassima, Fatima, Mustapha… Heureusement qu’ils sont là et personne ne devrait admettre que l’on poursuive ceux qui aident une personne chassée de chez elle par l’oppression, la guerre, la misère, le réchauffement climatique. La fraternité n’est pas qu’un mot inscrit sur le fronton de nos mairies. Selon nous, elle est un principe et une obligation pour que l’Humanité aille de l’avant. La fraternité est notre avenir.

Quel bilan pouvez vous tirer de ces 4 journées ?

Des centaines de gens qui ont fait le plein d’humanité, qui ont réfléchi de façon conviviale, appris à comprendre leurs différences, goûté et dégusté la Roya, partagé des émotions fortes, communié autour de valeurs décisives. Plus de 2000 festivaliers, 80 invité.e.s, 32 rencontres avec des philosophes, écrivain.e.s, historien.ne.s, scientifiques, député.e.s, chanteuses et chanteurs, 10 films, 6 concerts, 4 flash mob, 3 visites guidées, 6 expositions, 4 siestes sonores, 12 sermons joyeux, 500 livres dédicacés, une caravane et sa merveilleuse envolée, 3 tableaux créés par 4 dessinateurs solidaires, une dégustation de vins natures , 8 repas et boissons concoctés avec amour, à prix modestes, des lectures et des ateliers artistiques pour les enfants… Ce succès n’aurait pas été possible sans les prouesses de 120 bénévoles allant souvent au-delà de leur fatigue, sans la complicité de dizaines d’acteurs locaux et un accueil facilité par les maires des 4 villages, sans le commerce local et la nature et le climat bienveillants jusqu’au bout… On a été débordé par l’humanité des festivaliers !

Une réussite à 100% ?

Tout n’a pas été parfait et nous sommes preneurs des critiques. Il y une seule vraie ombre au tableau : l’interdiction du spectacle « Des racines et des rêves » au Monastère de Saorge. Pendant 3 mois, la compagnie de l’Arpette, en liaison constante avec l’équipe du Monastère, a imaginé ce spectacle impliquant 40 artistes locaux, étrangers et réfugiés. Ce programme cousu sur mesure pour épouser ce monument national d’exception, son cloître, ses jardins était labellisé par le centre national du livre et répondait aux directives de la ministre de la Culture sur l’intégration des réfugiés aux programmes culturels. La décision brutale de l’interdire, prise sans aucune concertation et explications, quelques jours avant le festival a anéanti tout ce travail. Y a-t-il eu des pressions politiques et de la part de qui ? La culture et la liberté ne peuvent accepter cela. Nous allons, dans les jours qui viennent, alerter officiellement Madame la ministre de la culture, interpeller et demander un rendez- vous au directeur des monuments nationaux.

Y aura t’il une 2ème édition en 2019 ?

Ce n’est évidemment pas l’envie qui manque. Mais après une telle réussite, il est probable qu’une nouvelle édition attirerait beaucoup plus de festivaliers. Il faut alors se poser les bonnes questions en terme de capacité d’hébergements, transports, parking, équilibre du rapport bénévolat et professionnalisme, sources de financements etc. Le succès a été collectif, le bilan le sera et la décision de renouveler le festival également. Consulter les acteurs locaux, nos partenaires associatifs, les maires et les élus de la vallée est aussi décisif. En tous les cas, une chose est sûre, l’an prochain l’Humanité aura toujours besoin de passeurs.
benevolefin

Un commentaire sur « Un festival débordant d’humanité ! »

  1. Bonjour!! j aurais tant a écrire…mais suffit le seul mot « HUMANITE  » qui a eu un tel échos dans cette magnifique Vallée de la Roya ,qu’ il a convoqué et convoyé de belles « ames » , des volontés s extraordinaires et revigoré cette FRATERNITE qui promeut l imaginaire d’un monde meilleur. Bénévole je fus, bénévole je demeure si vous le souhaitez pour un prochain « passage ». Bénévolantes salutations Gerard Duflot-Aix en Provence

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